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Au Nigeria, Boko Haram terrorise les agriculteurs

Christine Mhundwa | Carole Assignon
6 septembre 2024

Au Nigeria, les autorités s'efforcent non sans peine de protéger les agriculteurs des attaques du groupe djihadiste Boko Haram dans le nord-est du pays.

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Des agricultrices dans un champs sous la protection d'hommes portant des armes
Les agriculteurs sont souvent impuissants face aux attaques des combattants de Boko HaramImage : Christine Mhundwa/DW

Dans l'Etat de Borno, des centaines d'agriculteurs ont été tués par les combattants du groupe armé Boko Haram. Certains d'entre eux ont aussi été enlevés et leurs ravisseurs demandent une rançon pour les libérer. 

Le gouvernement a déployé des forces de sécurité dans certaines zones, mais cela reste largement insuffisant pour mettre fin aux attaques.  Et l'insécurité aggrave l'insécurité  alimentaire dans la région.

Des gardes pour protéger les agriculteurs

Musa Farouk est membre du Corps de sécurité et de défense civile dans l'Etat de Borno. Il n'y a pas si longtemps, il n'était pas sûr d'avoir accès aux terres agricoles à la périphérie de Maiduguri

Elles étaient en effet contrôlées par les combattants djihadistes de Boko Haram. 

 Musa Farouk explique que "grâce à l'intervention de l'armée et d'autres forces de sécurité" ils ont pu "endiguer la vague et les repousser hors de la ville".

Mais les communautés rurales sont toujours menacées. L'Etat a donc déployé des gardes pour les protéger. Sinon, elles seraient la cible de vols, d'extorsions et même d'enlèvements contre rançon. 

Des hommes en train de prier
Les habitants sont exposés au vol, l'extorsion et même à des enlèvements contre rançonImage : Al-Amin Suleiman Muhammad/DW

Désormais, des soldats, des volontaires civils et même d'anciens combattants de Boko Haram patrouillent pendant que les agriculteurs s'occupent de leurs récoltes.

Mais les rangers ne sont en service qu'à certaines heures de la journée et travaillent à l'intérieur d'un périmètre fixé par l'armée.

"Nous sommes venus ici vers 8h, nous sommes venus ensemble avec la sécurité à l'intérieur de la camionnette", raconte Habiba Balami, une agricultrice qui assure que la sécurité (les gardes) est bonne. 

Selon elle "ils sont ponctuels et ils font leur travail jusqu'à l'heure 13h30" l'heure à laquelle les agriculteurs doivent quitter leurs exploitations. 

Mais pour Alhaji Goni, lui aussi agriculteur, la sécurité n'est pas suffisante. Deux de ses trois fermes se trouvent en dehors du périmètre de sécurité. "Le problème, c'est qu'il y a des zones où l'on ne peut pas aller, même maintenant", déplore-t-il.

"J'ai trois fermes... il y a un village qui s'appelle Kiyamarikua, Boko Haram y est présent, vous ne pouvez même pas y aller aujourd'hui. Depuis que j'ai acheté cette ferme en 2010, je n'y suis pas allé parce que Boko Haram vous arrête et demande une rançon d'environ un ou deux millions", assure par ailleurs l'agriculteur qui précise qu'il n'y va donc plus.

Mais tout le monde n'est pas aussi prudent, certains agriculteurs prennent des risques et retournent sur des terres qui ne sont pas sous la protection des militaires. 

Un enfant en train d'être osculter par un médecin
L'insécurité aggrave la crise alimentaire dans la régionImage : Adam Abu-bashal/AA/picture alliance

Ces terres, qui seraient plus fertiles, valent selon eux l'argent qu'ils doivent payer à Boko Haram pour les exploiter. Selon les responsables de la sécurité, ce sont ces agriculteurs qui sont kidnappés et tués. Ils appellent donc les gens à rester dans la zone qu'ils peuvent protéger. 

Un impact sur la sécurité alimentaire

L'insécurité des agriculteurs aggrave aussi la crise alimentaire qui sévit déjà dans la région. Selon le Programme alimentaire mondial des Nations unies, trois millions de personnes à Borno souffrent d'insécurité alimentaire.

Le docteur Muhammad Basheer Abdullahi est responsable des activités médicales de Médecins sans frontières dans un centre d'aide à Maiduguri. Il explique que les cas de malnutrition ont atteint des niveaux record. 

"Chaque année, nous constatons une augmentation du nombre de cas de malnutrition, mais depuis 2022, c'est différent", assure le médecin qui raconte avoir "perdu un nombre record de patients en une semaine". Ils seraient en effet près de 30 patients décédés.

Les précipitations ont été meilleures cette saison, ce qui laisse espérer une bonne récolte. Mais cela rendra les agriculteurs encore plus vulnérables aux combattants de Boko Haram qui chercheront à voler leurs produits agricoles.

DW Französisch Carole Assignon
Carole Assignon Journaliste au programme francophone de la Deutsche Welledw_afrique