Guinée : les habitants de Kaporo sont toujours sans logement
6 mars 2019Nous sommes sur le site de Kaporo où des familles assises en petits groupes discutent de l'évacuation du quartier. Avec un regard impuissant sur leurs maisons et lieux de travail détruits, ils estiment que l’Etat aurait pu leur donner plus de temps afin de leur permettre de trouver de nouveaux logements.
Certains ramassent ce qu'ils peuvent encore sauver après le passage des bulldozers. Mori Kamano n’a pas encore trouvé de logement. Sa famille et lui-même dorment toujours dehors. Il explique à quel point cette situation est difficile. "Ils sont arrivés avec des pickup militaires, des machine et des bulldozers pour évacuer les gens et détruire leurs maisons. En tant qu'habitant du quartier, je suis vraiment désespéré parce que nous n'avons toujours pas trouvé de logement. On cherche un logement parce que cela a été tellement rapide. Avec les conditions de vie en Guinée en ce moment, trouver un logement pour moins de trois millions (300 euro) pour une grande famille, ce n’est pas facile," explique l’habitant dépité.
Malgré la détresse des populations, le ministre guinéen de la ville et de l’aménagement du territoire maintient que toutes les habitations sur ce site d’une superficie de près de 170 hectares seront détruites.
Ibrahima Kourouma indique que les terrains sont destinés à la construction de bâtiments administratifs et de centres d’affaires. L’instruction de récupérer le terrain lui a été donné par le président de la République. "Le président de la République s’est investi pour Kaloum vision 2040 et Conakry vision 2040, c'est-à-dire le Grand Conakry. Le centre directionnel de Koloma qui est un domaine réservé de l’Etat doit être mis à profit pour que l’administration publique, les grands magasins, les grands centre d’affaires soient transférés à cet endroit. Le président de la République a instruit le ministère de la ville non seulement de travailler pour la constitution des réserves foncières mais pour faire en sorte que les domaines réservés de l’Etat soient récupérés. Ce que nous faisons aujourd’hui rentre dans cette ligne afin de faire en sorte que les domaines de l’Etat soient récupérés et mis à la disposition du gouvernement," souligne Mr. Kourouma.
Selon les autorités guinéennes, les terrains qui font l’objet de l'actuelle évacuation ont été dédommagés en 1998. En revanche, les autres lots non concernés par l’opération actuelle feront l’objet de négociation avant d’être libérés à leur tour.
Mais au sein de l'opinion publique persiste un sentiment d'indignation sur la manière dont les habitants de Kaporo ont été délogés.