Foniké Mengué et Billo Bah, leurs proches veulent la vérité
9 janvier 2025Ce 9 janvier 2025 marque les six mois de la disparition d'Oumar Sylla, alias Foniké Mengué, et de Mamadou Billo Bah. Tous deux sont des activistes et membres influents du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC).
Depuis leur enlèvement au domicile de Foniké Mengué dans la nuit du 9 juillet 2024 par des hommes cagoulés, il n'y a eu aucun signe de vie. Les autorités politiques et judiciaires guinéennes ont nié leur interpellation par les services compétents de l’État.
Cette situation inquiète les familles des concernés, leurs avocats et de nombreux citoyens. Me Halimatou Camara, avocate de Foniké Mengué et de Mamadou Billo Bah, observe et déplore le silence des autorités de la transition.
Son interview :
DW : Vous êtes avocate et membre du pôle d'avocats qui défend Oumar Sylla, alias Foniké Mengué, et Mamadou Billo Bah, deux activistes membres du FNDC disparus à Conakry depuis juillet. Six mois après leur disparition, quelles sont les dernières nouvelles que vous avez d’eux aujourd'hui ?
Me Halimatou Camara : Six mois après leur disparition, nous n'avons aucune nouvelle d'eux. Que ce soit nous, leurs avocats constitués, ou leur famille, tout le monde réclame leur retour. C'est très regrettable. Même la procédure judiciaire soi-disant enclenchée par le procureur général le 17 juillet 2024 n'a jamais connu de suite.
Nous n'avons jamais vu notre appareil judiciaire se mobiliser pour découvrir les circonstances de leur interpellation, identifier les auteurs ou mener des enquêtes. D'ailleurs, à quelques semaines de leur disparition forcée, un autre individu arrêté en même temps qu'eux a réussi à être exfiltré grâce à une ONG humanitaire. Il a donné des indications claires sur les conditions de leur arrestation et les lieux où ils ont été conduits.
DW : Nous allons revenir sur ces détails, mais aujourd'hui, dans quel état se trouvent leurs familles respectives ?
Me Halimatou Camara : Je crois que leurs familles sont dans un état moralement difficile. Elles n'ont aucune nouvelle, et elles ignorent le sort réservé à M. Oumar Sylla et à M. Mamadou Billo Bah. Je rappelle que M. Oumar Sylla est père de trois enfants et M. Mamadou Billo Bah est père de quatre enfants. Ce sont tous des mineurs. Leurs enfants ont besoin d'eux sur les plans psychologique et moral, tout comme leurs épouses respectives. On ne peut pas imaginer ce que ces familles traversent sur le plan moral.
DW : Les épouses de Billo Bah et de Foniké Mengué écrivent régulièrement des tribunes qu'elles adressent parfois à Louriane Doumbouya, l'épouse du chef de la transition guinéenne, ou même à sa mère, pour demander leur implication afin de connaître la vérité sur le sort de leurs époux. Cela n'a pas réussi à faire bouger les lignes ?
Me Halimatou Camara : Malheureusement, nous constatons que cela n'a pas suffi à faire bouger les lignes. Elles interpellent l'âme et le cœur d'une mère de famille, mais nous déplorons surtout l'inertie de l'appareil judiciaire. Cet appareil judiciaire, qui s'active rapidement pour arrêter des personnes soi-disant coupables d'offenses contre les autorités, reste totalement inerte lorsqu'il s'agit d'élucider les conditions de la disparition de ces deux activistes.
Certains, comme des membres de leur famille, notamment le politicien Mamadou Sylla, frère d'Oumar Sylla alias Foniké Mengué, estiment que son frère est décédé. D'autres partagent cette opinion. En tant qu'avocate, quel est votre point de vue sur cette situation ?
Il est légitime que les proches se posent des questions sur le fait de savoir s'ils sont toujours en vie. Leur sort reste inconnu, et cela nourrit forcément des inquiétudes. Il est compréhensible que leurs familles craignent le pire.
DW : Les autorités guinéennes, y compris le procureur de la République, continuent de nier leur arrestation. Pouvez-vous rappeler dans quelles conditions ils ont disparu ?
Me Halimatou Camara : Ils ont disparu il y a six mois, alors que le FNDC préparait de nouvelles manifestations pour soutenir les médias qui avaient été illégalement fermés. Le 9 juillet, vers 22 heures, des hommes cagoulés ont fait irruption au domicile de M. Foniké Mengué, l'ont brutalement arrêté ainsi que M. Mamadou Billo Bah, et les ont conduits de force vers une destination inconnue. Ils étaient en compagnie de M. Mohamed Sissé, qui a également été séquestré, mais qui a été libéré quelques jours plus tard.
DW : Pour conclure, quelle est votre analyse de la situation des droits de l'homme en Guinée pendant cette période de transition ?
Me Halimatou Camara : La situation des droits de l'homme a connu des moments d'espoir, notamment avec l'organisation du procès du 28 septembre. Même si le signal n'était pas parfait, c'était une lueur d'espoir. Mais depuis juillet 2024, nous sommes entrés dans une période sombre. Nous continuons de tomber dans les mêmes travers et n'avons aucune garantie de non-répétition des violations des droits de l'homme.
Maître Halimatou Camara, merci beaucoup.
Merci à vous !