Berlin : une mosquée pas comme les autres
16 juin 2017Ibn Rushd-Goethe : c’est le nom donné à cette mosquée qui se veut ouverte à tous. La dénomination du sanctuaire musulman rappelle deux hommes de lettres. Ibn-Rushd, philosophe musulman andalou du 12ème siècle, connu en français sous le nom d’Averroès, et Johann Wolfgang von Goethe, le poète allemand. Deux hommes qui n’ont pas forcément un même regard sur le monde.
Mais c’est aussi pour faire dialoguer différents horizons et obédiences que l’avocate d’origine turque, Seyran Ates, a voulu mettre en place cette mosquée. Pour illustrer cette idée d’échanges, la salle qui abrite la mosquée se trouve dans un bâtiment appartenant à l’église évangélique Johanniskirche. A l’en croire, sunnites, chiites, alaouites, ou athées y sont les bienvenus.
L’autre grande innovation, si l’on peut dire, c’est la possibilité donnée aux femmes de diriger la prière. Ce qui, dans la tradition islamique, n’est réservé qu’aux hommes. Seyran Ates a déjà critiqué, dans son livre intitulé "l’Islam a besoin d’une révolution sexuelle", la séparation entre hommes et femmes dans les mosquées, ainsi que la diabolisation des homosexuels au sein des communautés musulmanes.
C’est pour cela que cette mosquée, unique en son genre, est disposée à accueillir les musulmans gays, lesbiennes et les transsexuels. "Nous avons besoin d’une lecture historique et critique du Coran", souhaite la féministe de 54 ans. Elle estime, par ailleurs, qu’il est temps aux musulmans modérés et libéraux de donner de la voix. Elle espère, en tout cas, que leur voix sera entendue depuis les 90m2 que constitue la surface de l’enceinte de prière.
Il faut noter, en outre, que l’engagement de Seyran Ates est loin d’être sans embûches. L’avocate a déjà fait l’objet de menaces. Au sein des musulmans d’Allemagne, on lui reproche sa tendance à formuler des injonctions à ses coreligionnaires femmes, par exemple sur la question du port du voile.
Malgré les menaces et les invectives à son égard, elle tient le coup. Mais la création de cette mosquée est, selon certains observateurs, le symbole de la force d’un désir de changement profond chez certains musulmans d'Allemagne.